
Charlie, la république laïque
et les principes de liberté d’expression sont saufs. Alléluia…
Or, il n’y a pas que dans l’exercice du droit à la
caricature et à la critique que la Religion entretient des rapports
pour le moins “houleux” avec ses ouailles.
Fabien Hein, est docteur en sociologie et collaborateur de Versus Magazine
(comme quoi les études mènent à tout).
L’auteur a courageusement pris le bouc par les cornes en se penchant
avec acuité sur les liens presque incestueux qu’entretiennent
Rock et Religions depuis la première moitié des années
50.
Il semblerait que le Klu Klux Klan soit à l’origine des hostilités
en 1955 avec une première campagne menée dans le dessein
d’empêcher les bons citoyens américains d’acheter
les disques des Nègres.
Très documenté, le bouquin fourmille de dizaines d’exemples
et d’autant de contre-exemples. À l’instar de l’histoire
de Brian Welsh, le guitariste de Korn, au nom de Jésus tatoué
sur les phalanges pour… S’empêcher de se masturber.
Sinead o’ connor, elle aussi appelée aux plus hautes fonctions
prosélytes, a fini par se faire introniser prêtresse du “Latin
Trident Church” non sans avoir brûlé quelques années
auparavant le portrait de Jean-Paul II sur le plateau de Saturday Night.
Devenue mère Bernadette Marie, elle se revendique femme, pretre
et sexy. À quelques pages de là, on comprend mieux pourquoi
Marilyn Manson a highjacké le Tainted Love de Marc Almond.Membre
de Psychic TV, Almond appartenait également à l’Eglise
de Satan…
Bref, au fil des 150 pages lues au fil de l’eau (bénite),
Fabien Hein dissèque la délicate articulation entre la “croyance
qui fabrique le sacré” qui conduit à la foi, c’est
à dire “à une conviction qu’on tient pour vraie
sans en avoir la preuve absolue”.
Et si les conservateurs “considèrent toujours le rock comme
une menace pour leur foi”, c’est qu’ils n’écoutent
pas suffisamment Iron Maiden.
Ou plutôt Seven X Seventy, le groupe que le batteur de Maiden a
fondé avec Dan Spitz, guitariste d’Anthrax, après
avoir reçu la Révélation un beau Dimanche au sein
d’une église de la Spanish River Community Church.
Sa femme avait traîné son batteur de mari là-bas.
Il s’y est rendu à contre -cœur, il ne s’en est
jamais remis.
Les exemples cocasses pullulent. Et s’il est vrai qu’une large
partie de l’étude menée par l’auteur touche
à la sociologie culturelle des Etats-unis, il n’omet pas
de s’attarder une seconde sur l’existence proactive de l’AGRIF
(Alliance Générale contre le Racisme et pour le Respect
de l’Identité Française et Chrétienne) qui
fait trembler les festivals métal à coups de procès
préventifs. Avec à sa tête un ancien député
européen FN, ce collectif anti-avortement “traque le délit
de blasphème jusque dans les salles de concert de l’Hexagone.
Comme de bien entendu, l’industrie du disque veut sa part de l’Ostie
et n’hésite surtout pas à prendre son argent aussi
bien dans les poches pleines de Satan comme dans celles un peu plus trouées
de Jésus et des mélomanes croyants. La CCM (Contemporary
Chrsitian Music) existe, tout comme EMI ou Warner ont leurs propres département
dédié à la Jesus Music ou au Jesus Rock.
Pendant ce temps, à Casablanca ou en Egypte, des ados se font encore
arrêter pour “tentative d’ébranler la foi des
musulmans”. Les preuves sont accablantes : casquettes des Chicago
Bulls, squelettes en plastiques en guise de porte-clés, t-shirts
noirs et CD de Metal. Seule la vindicte “populaire” de la
presse quotidienne fera reculer le pouvoir en place et annulera les condamnations.
Rock et Religion évoque bien entendu le King Elvis, dont on ne
saura finalement jamais si Dick Rivers, l’apôtre de toujours
porte encore la banane par dévotion ou simple mauvais goût.
Jean-Fabien
www.frenchdataclub.com
|