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de presse
Livre
d'Or - Conférence - Inédit

#9
Elvis est vivant !
Résurrection(s) du Roi
par
Gabriel Segré
illustration de David Scrima
postface de Hugues Barrière
Dans
l’après-midi du 16 août 1977, Elvis Presley est
retrouvé inanimé dans sa salle de bain. Il décède
quelque temps plus tard au Baptist Memorial Hospital de Memphis, âgé
de 42 ans. La nouvelle fait instantanément le tour du monde.
Les radios modifient leur programmation. Les journaux changent leur
une. Soixante-quinze mille personnes se regroupent devant les grilles
de Graceland, la propriété du chanteur, afin de lui
rendre un ultime hommage. Les déclarations officielles, éloges
et messes se multiplient. Le 18 août, dans un cortège
funèbre composé de dix-sept limousines blanches, le
corps de Presley est emmené vers le cimetière Forest
Hill avec les honneurs dus à un chef d’État. On
ne trouve plus une fleur dans tout le Mississippi. Elvis Aaron Presley,
le roi du rock’n’roll, né à Tupelo en 1935,
est mort et enterré. C’est, semble-t-il, la fin d’une
vie, d’une œuvre, d’une histoire, d’un phénomène
qui ont bouleversé la musique et la culture populaire. La fin
? Pas tout à fait. Car Elvis Presley va renaître, devenir
l’un des plus grands mythes du vingtième siècle
et l’objet d’un culte croissant. Son succès posthume
est retentissant. Elvis renaît, plus complexe, plus grand, plus
fort, plus adulé. Il vend année après année
toujours davantage de disques et établit aujourd’hui
encore de nouveaux records de recettes. Pourquoi, une fois mort, n’est-il
donc pas progressivement tombé dans l’oubli qui guette
les gloires disparues ? Pourquoi et comment est-il devenu ce personnage
omniprésent, régnant au panthéon des plus grandes
figures du siècle ? Pourquoi lui ? Comment cela s’est-il
produit ? Qui furent les artisans de la résurrection de ce
Roi quasiment déchu à la veille de sa mort ? Pour répondre
à ces questions, le sociologue Gabriel Segré, spécialiste
du « culte Presley », dissèque la façon
dont a été élaborée la postérité
du King, montre comment s’est construit et développé
son mythe, comment est né et a grandi le culte – souvent
empreint d’une grande religiosité – qui lui est
voué par des fans et fidèles toujours plus nombreux.
Il permet de comprendre pourquoi il est finalement permis aujourd’hui
d’affirmer : ELVIS EST VIVANT !
Maître
de conférences à l’université de Nanterre-Paris
X où il enseigne la sociologie de la culture et l’anthropologie,
Gabriel Segré
s’est spécialisé dans l’étude du
« culte Presley », à propos duquel il a déjà
publié deux ouvrages : "Le culte Presley" (PUF, 2003)
et "Au nom du King. Elvis, les fans et l’ethnologue"
(Aux Lieux d’Être, 2007).
192
pages - paru le 19 décembre 2007


Le
Mot de l'Auteur
A
l’origine, il y eut cette question posée par Hugues Barrière
: Pourquoi Elvis Presley est-il si important encore aujourd’hui,
si « vivant », si omniprésent, trente ans après
sa disparition ?
J’ai donc regardé «
vivre » et grandir Elvis Presley, depuis 1977 jusqu’à
aujourd’hui. J’ai alors observé la « résurrection
» d’un chanteur disparu, sa croissance comme héros
moderne, son épanouissement comme mythe contemporain. Face
à la publication des premiers livres biographiques, à
la réédition des disques, à l’édification
des statues, à l’inauguration des musées, au développement
des grands rites commémoratifs tels que la Candlelight, aux
pèlerinages à Graceland, j’ai vu se développer
un prodigieux processus de sacralisation et d’héroïsation,
de mise en récit mythique, ou de mythologisation d’un
individu singulier, de son existence, des lieux qu’il a fréquentés.
J’ai vu Elvis Presley en statue,
et sur un bol de café. Je l’ai vu sur un timbre, sur
un programme de cours universitaire, ou encore tatoué sur la
peau d’un admirateur. Je l’ai rencontré partout
et multiple, réduit à une image, ou érigé
en modèle. Adoré ou méprisé. Objet de
blagues et de sarcasmes pour les uns, modèle exemplaire pour
les autres, poule aux œufs d’or, ou parfois véritable
planche de salut, j’ai vu Elvis Presley répondre à
un désir de distraction, à une volonté esthétique,
comme à un besoin de sacré et à une quête
de sens. Je l’ai vu symbolisant tout et son contraire : la libération
des noirs et leur exploitation, l’émancipation des femmes
et leur oppression, la virilité et l’androgynie, la rébellion
juvénile et le conservatisme républicain, la pudibonderie
et la frénésie sexuelle, la bigoterie et le diable.
J’ai vu également grandir
un culte profane, organisé avec une efficacité redoutable
par une multinationale, l’Elvis Presley Enterprises ; un culte
avec ses rites, ses croyances, ses dogmes, son éthique, et
surtout ses fidèles : ces centaines de milliers d’admirateurs
qui vénèrent Presley et diffusent son « message
d’amour », de libération et de réussite.
A regarder ainsi les milles figures
d’Elvis aujourd’hui et l’ensemble des manifestations
qu’il suscite, j’ai observé une forme de la délocalisation
du religieux et de l'investissement religieux : de la sphère
du sacré à la sphère profane, des Eglises à
la culture de masse. J’ai vu se diffuser et se transmettre des
valeurs et représentations, des pratiques et des modèles
de comportement ; j’ai vu la façon dont ils se globalisent,
diffusés qu’ils sont dans le monde entier, et dont ils
sont, localement, réinterprétés, réappropriés,
détournés, ou réinventés.
C’est tout cela que j’ai
voulu raconter et expliquer dans cet ouvrage. En espérant avoir
apporté un début de réponse à cette question
d’Hugues, si essentielle.
Sommaire
de
"Elvis est vivant !"
«
Comeback 1968 » par David Scrima
Introduction
I.
IL ETAIT UNE FOIS EN 1977
1. Une source de profit
2. Un lien communautaire
3. Un symbole fédérateur
4. Un besoin d’idoles
5. Une exception artistico-culturelle
6. Un front commun
II.
L’HISTOIRE DE LA RÉSURRECTION
1. Le déni des disbelievers -
voir l'extrait ci-dessous
2. La production d’un récit
3. Les lieux de mémoire
4. La communauté de fans
5. Les professionnels de la mémoire
III.
VIVE LE MYTHE ! LES MILLES VISAGES DU ROI
1. Légende et hagiographie. Du rebelle à l’idole
2. La canonisation d’Elvis. Rock star et saint patron
3. Sacré Elvis ! Héros fondateur et personnage d’exception
4. Un modèle universel
5. Le rêve américain
6. Le héros civilisateur
7. Variations autour du mythe. À chacun sa vérité
IV. LE CULTE
1. Les figures de la passion
2. Savoir et éthique
3. Des croyances, légendes et rumeurs
4. Des rites au quotidien. Vivre et faire vivre Elvis
5. Rendre le culte à Graceland. La célébration
de la mémoire à Graceland
6. Singularité et communauté. La grandeur de l’un
et celle des autres
7. Les églises Elvis
Conclusion
Postface
par Hugues Barrière
Annexes
Lire
un extrait
de "Elvis est vivant !"
1.
Le déni des disbelievers
L’élaboration
et la perpétuation d’un mythe est bien évidemment
le résultat d’une forme de refus de la mort. Ceux, dont
on a vu qu’ils avaient intérêt à ce qu’Elvis
continue d’occuper le devant de la scène, vont donc œuvrer
efficacement pour que l’on ne l’oublie pas. Mais ils n’en
acceptent pas moins la réalité de la mort physique du
chanteur, le 16 août 1977, et les conclusions de l’enquête.
Ce n’est pas le cas de tous. Certains
– des fans essentiellement – qu’on appelle les «
disbelievers » (« ceux qui ne croient pas ») refusent
la thèse de la mort du chanteur et sont convaincus qu’après
avoir scénarisé et simulé sa mort, il coule en
réalité des jours paisibles quelque part dans le monde.
La nuit du 29 août 1977, trois hommes sont arrêtés
alors qu’ils tentent de dérober le corps de Presley enterré
au cimetière de Forest Hill. L’un d’eux déclare
qu’il voulait ouvrir le cercueil pour prouver qu’il était
vide et qu’Elvis était encore en vie. Depuis, médias
et presse à sensation confortent ces disbelievers dans leur
conviction, l’alimentant depuis 1977 avec de nouveaux témoignages
de l’existence de Presley. En 1989, le Geraldo Riviera Show
propose un débat télévisé auquel participe
un médium, sur le thème « Elvis est-il toujours
vivant ? ». La radio W.Y.H.Y. de Nashville promet un million
de dollars pour une interview de Presley, tandis que le journal The
Sun propose à Elvis de venir chan-ter au moins trois de ses
tubes à la rédaction en échange d’une rémunération
de 1,75 million de dollars .
Le
groupe des disbelievers grandit d’année en année
et affine sa thèse, l’étaye de nouveaux arguments,
au point de convertir certains indécis. Une étude parue
au milieu des années 1990 témoigne de ce que 17 % des
américains croient le chanteur encore vivant . Le phénomène
prend de l’ampleur et suscite de plus en plus de films : le
dernier en date – Bubba Ho-Tep, de John Coscarelli (États-Unis,
2002) – met en scène un Elvis vieux et handicapé,
passant ses vieux jours dans une maison de retraite aux États-Unis.
Le réalisateur Adam Muskiewicz tourne en 2007 un documentaire
sur le sujet, The Truth About Elvis, résultat d’une
longue enquête de deux ans l’ayant conduit à réaliser
plus de cent cinquante entretiens avec des personnes persuadées
qu’Elvis n’est pas mort. Lui-même convaincu, il
a offert une récompense de trois millions de dollars à
qui en apporterait la preuve. Les ouvrages sur la question sont légion.
Certains analysent cette « incrédulité »,
d’autres la soutiennent : Gail Brewer Giorgio a écrit
un livre au titre révélateur, vendu avec une cassette
contenant une chanson prétendument enregistrée par le
chanteur en 1981, soit quatre ans après sa mort, ainsi que
l’enregistrement d’une communication téléphonique
donnée par le chanteur après la date de sa mort officielle
.
L’association
« Elvis lives fan club » rassemble divers témoignages
et se donne pour objectif d’établir la vérité.
On peut acheter via son site des tee-shirts portant l’inscription
« He’s alive » (« il est vivant »).
Un américain, Phil Aitcheson, a fondé en 1992 une «
Commission Presley », qui réunit un réseau d’individus
désireux d’enquêter sur la mort de Presley. Cette
commis-sion se veut un centre de vérification des multiples
témoignages et éléments nouveaux (photographies
d’Elvis après sa mort, enregistrements sonores de sa
voix, documents divers…) concernant l’existence «
posthume » du chanteur. Elle a publié en 1995 un rapport
soutenant la thèse d’une probable organisation de la
mort de Presley pour le soustraire à des menaces, avec la complicité
des membres les plus influents du gouvernement américain.
Ainsi
organisés en associations ou commissions, les disbelievers
avancent de nombreuses et prétendues preuves permettant de
ne pas croire en la version officielle de la disparition du King.
Le comportement d’Elvis avant sa mort est présenté
comme troublant. En effet, le chanteur aurait par exemple conclu son
ultime concert à Hawaii en gratifiant son public d’un
« adieu » alors qu’il avait coutume de déclarer
« on se revoie au prochain show ». De plus, il aurait
dédaigné de commander les indispensables nouveaux costumes
pour sa pro-chaine tournée déjà programmée.
La divergence des témoignages de ceux qui l’ont découvert
et lui ont apporté les premiers soins est également
soulignée : un pompier affirme que le corps était froid
à l’arrivée des secours à Grace-land, démenti
par un autre qui prétend qu’Elvis semblait respirer encore.
Ces deux affirmations contradictoires sont confirmées, l’une
par Ginger Alden et Al Strada, la seconde par Joe Esposito. La disparition
des prélèvements effec-tués lors de l’autopsie
(envoyés sous scellés à Washington) et celle
du certi-ficat de décès original, semblent autant de
preuves de la manipulation selon les disbelievers. La précipitation
avec laquelle a été effectué l’enterrement,
le fait que le prénom complet de Presley soit mal orthographié
sur la stèle (Elvis Aaron en lieu et place d’Elvis Aron),
ou encore que le chanteur soit enterré non pas auprès
de sa mère conformément à son vœu mais entre
son père et sa grand-mère, remettrait sérieusement
en cause la réalité de sa mort.
La
thèse de l’organisation de sa propre disparition par
Elvis serait en outre attestée par sa passion pour la numérologie
(le livre des Nombres de Chiro) et par un savant calcul mathématique
: l’addition des chiffres de la date de sa mort (16 + 08 + 1977)
donne le résultat 2001, titre du film favori du chanteur dans
lequel le héros planifie son immortalité. Les disbelievers
citent également une conversation téléphonique
qu’aurait eue Presley deux jours avant sa « mort »
avec une amie, Mademoiselle Forster. Il lui aurait annoncé
qu’il n’effectuerait pas sa prochaine tournée et
lui aurait recommandé de ne pas croire ce qu’elle lirait
bientôt à son sujet dans la presse et de ne pas s’en
inquiéter.
Pour
asseoir la thèse de la mise en scène de la mort de Presley,
les dis-believers révèlent les différents
motifs du chanteur. Victime de sa popula-rité, il ne supportait
plus son existence de reclus, condamné à se cacher,
à se déguiser et à faire appel à des sosies
pour tromper la surveillance inces-sante des fans et des paparazzi.
En fin de carrière, épuisé, malade, vieil-lissant,
il rêvait d’une telle issue. Il avait d’ailleurs
déjà mis en scène son propre assassinat par un
tueur, afin d’observer les réactions de ses proches.
De plus, sa vie, affirment les disbelievers, était
menacée, du fait de son active collaboration avec le gouvernement
contre les réseaux du crime organisé (collaboration
« prouvée » par son obtention du badge du FBI).
Ses
connaissances en matière de pharmacologie ainsi que son expérience
des arts martiaux et des techniques de respiration auraient permis
à Presley de donner le change lors de la découverte
de son corps. Il aurait ainsi simulé la mort en ralentissant
son rythme cardiaque et sa respiration. Certains avancent qu’il
aurait même bénéficié, pour l’organisation
de sa nouvelle vie sous une fausse identité, de l’aide
précieuse d’un expert en la matière : son propre
manager, le Colonel Parker, immigrant hollandais lui-même entré
aux États-Unis sous une fausse identité. D’autres
considèrent qu’Elvis a bénéficié
du programme fédéral de protection des témoins
mis en place par l’administra-tion américaine, qui permet
de changer d’identité et de protéger un individu
contre les risques de pression ou de représailles. Selon cette
thèse, le chan-teur aurait bien été victime d’un
malaise cardiaque le 16 août dans sa salle de bain puis aurait
été transporté au Baptist Memorial Hospital.
Mais il au-rait été réanimé et transporté
dans le plus grand secret en hélicoptère vers une destination
inconnue. Chaque témoignage concernant ce mystérieux
hélicop-tère aux abords de l’hôpital vient
confirmer la thèse du « programme de pro-tection des
témoins ».
Autre
piste : le cercueil était bien trop lourd. Son poids de neuf
cent livres (quatre cent cinquante kilos) s’expliquerait par
la présence non d’un corps mais d’un mannequin
de cire et d’un système de réfrigération
empêchant la cire de fondre (à l’origine du froid
qui, aux dires de certains, se déga-geait du cercueil). Cette
thèse du mannequin de cire est fréquemment avancée
pour expliquer les dissemblances entre le corps dans le cercueil et
celui d’Elvis (un corps trop petit d’une dizaine de centimètres
et trop mince, un nez aplati, des sourcils trop arqués, des
mains trop lisses, le « décollement » d’un
des favoris…), au point que même certains membres de la
famille ne reconnaissent pas Elvis lors de la veillée funèbre.
Selon les disbelievers, c’est ce même mannequin
de cire et non la dépouille du chanteur, qui sera transporté
dans le fourgon mortuaire lors de la procession sur le boulevard Presley,
puis mis en terre.
Parmi
les autres « preuves » du décès simulé
d’Elvis figure le fait qu’il ait été «
vu », quelques heures après sa mort, achetant un billet
d’avion pour Buenos Aires sous le pseudonyme Jon Burrows, que
Presley avait l’habitude d’utiliser pour préserver
son anonymat. Lucy de Barbon, une ancienne conquête du chanteur,
aurait reçu une rose avec une carte signée « El
Lancelot », sur-nom qu’elle donnait à Elvis lors
de leur relation, détail connu d’eux seuls. Beaucoup
sont ainsi convaincus qu’Elvis est non seulement vivant mais
qu’il s’est offert le luxe d’un retour quelque temps
parmi nous. En effet, succom-bant au désir de chanter à
nouveau et de retrouver les joies de la scène, il aurait organisé
ce retour sous l’identité d’Orion (Jimmy Ellis
de son vrai nom), un chanteur masqué ayant réellement
existé et qui lui ressemblait étran-gement.
Il est important de préciser
que les disbelievers ne croient pas en une résurrection
d’Elvis Presley qui impliquerait sa mort, puis le miracle de
son retour à la vie : ils réfutent la mort elle-même.
La thèse de la manipulation et de la mise en scène de
la fausse disparition, le type de démonstration et d’argumentaire
(recours à la preuve scientifique, souci affirmé d’objectivité
et de distanciation, revendication de la rigueur comme de la précision),
le procédé d’investigation (enquête, scientifique,
policière, journalistique), le mode d’organisation (en
commission d’enquête) sont du registre de la rationa-lité
et non de la croyance, de la foi ou du religieux.
Le
succès de la thèse des disbelievers repose
non seulement sur le refus de la mort de l’être adoré
mais aussi sur la théorie de plus en plus répandue de
la « conspiration », cette conspiracy theory
selon laquelle on nous trompe et on nous ment au profit d’une
cause secrète qui nous dépasserait. Semblables suspicion
ou fantasme (sans toutefois susciter un tel phénomène)
entoure les disparitions de Jim Morrison, Marilyn Monroe, John F.
Kennedy ou même Napo-léon. Lorsque l’on ne nie
pas la réalité de la mort, on en réfute la version
officielle au profit d’une version plus mystérieuse ou
scandaleuse et tenue secrète : un suicide, un meurtre, une
overdose… Il reste que le déni de la disparition du chanteur
est un phénomène marginal. Ce n’est pas lui qui
expli-que qu’Elvis soit toujours « vivant ». Il
serait, au contraire, du fait même qu’il implique la négation
de la mort, un obstacle à la résurrection d’Elvis
Presley comme héros mythique.
© 2007,
Les cahiers du rock.
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Elvis
est
vivant ! |
TIRAGE
NORMAL (12€) |
| |
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192
pages - paru le 19 décembre 2007
12
€
EAN: 978-2916560-090

Revue
de presse
de
"Elvis est vivant !"

Nikola
Acin - Qui a tué elvis ?
Gabriel Segré - Elvis est vivant !
Presley,
sa vie, son oeuvre, son mythe, ont généré
une somme colossale d'exégèses plus ou moins complètes
ou farfelues. Après la somme définitive de Peter
Guralnick, mieux vaut arriver avec quelque chose d'original
à dire ou un angle d'attaque singulier. Nikola Acin,
déjà auteur d'articles sur le King pour Rock
& Folk, s'en tire à bon compte. Comme une vision
en négatif d'une glorieuse et tragique épopée,
Qui a tué Elvis ? est une biographie
synthétique habilement envisagée. Par chapitres
thématiques, l'auteur y passe en revue la vie d'elvis
comme une succession de renoncements, cicatrices jamais refermées,
autant de morts symboliques obéissant à une implacable
logique d'enfermement qui trouve sa conclusion dans une marre
de vomi le 16 août 1977. Un angle de tir qui permet d'éviter
une laborieuse construction chronologique mais pas les répétitions
ou les raccrochages parfois un peu téléphonés
à la problématique. Le travail de Gabriel Segré
est d'une tout autre nature, d'une autre ampleur aussi. Maître
de conférence en sociologie de la culture et anthropologie,
l'auteur se place aux antipodes du style journalistique bouilonnant
d'Acin. Dans ses bagages, une solide méthodologie (plan
rigoureux, notes de bas de page), une écriture univeristaire
un peu acad"mique mais d'une clarté remarquable,
et surtout un sujet en or : la construction d'un mythe, l'élaboration
d'un culte. Elvis est vivant ! est une lecture
absolument passionnante, dissection méticuleuse et curieuse
d'un phénomène sans équivalent, qui en
dit long sur son temps et le notre. Rien ne semble échapper
à Gabriel Segré qui envisage son sujet sous l'angle
économique, sociologique, religieux, historique, et place
son étude au coeur d'une problématique très
contemporaine, dont chacun pourra reconnaître les avatars
dans l'actualité : la construction d'une mémoire,
d'un récit. L'image d'Elvis Presley en ressort encore
plus impressionnante et monstrueuse que dans une biographie
classique, agrégat fantastique et effrayant des névroses,
fantasmes, manques, enthousiasmes et contradictions de notre
époque.
Vincent
Théval ••••°°/•••••°
À
l'heure du départ à l'impression, nous venons
d'apprendre le décès tragique de Nikola Acin.
Toutes nos condoléances à sa famille, à
ses proches et à ses collègues de Rock &
Folk.
|
| 
(mars 2008)
L'empire
Elvis
Quand
certains d'entre nous se contentent d'écouter du rock pour
le plaisir de la musique trop fort ou de danser comme des débiles,
d'autres, plus intellos, faut croire, y voient et entendent de
plus profondes implications carrément sociétales.
Ouais, ne s'est-on jamais demandé, en écoutant un
bon vieil Elvis, les raisons profondes de son élévation
au rang de pur mythe ? Pourquoi avait-il traversé sans
désert la petite mort des stars disparues ? A qui profite
le crime ? Gabriel Segré, sociologue et anthropologue,
étudie le cas Elvis depuis plusieurs livres et dans ce
troisième ouvrage, "Elvis est vivant, résurrection(s)
du roi", se penche plus précisément sur la
naissance du mythe, son élaboration, l'héroïsation
du saint et martyr par ses gardiens du temple, les implicatins
de l'agressive politique commerciale de l'empire Elvis et ses
multiples résonances religieuses et grégaires que
le monstre phénoménal génère encore
aujourd'hui. Culte vivace, symbole lourdement chargé, cash
à gogo, Elvis est indiscutablement plus vivant que jamais
et n'est, semble-t-il, pas près de quitter le building.
Agnès
Léglise
|
| 
(janv. 2008)
Il
y a quelques années, Greil Marcus publiait "Dead
Elvis". Presley est vivant, nous apprend au contraire
Gabriel Segré, universitaire (il est maître de
conférence en sociologie à Paris X-Nanterre)
: le roi est mort, vive le roi, car débute alors le
travail de mythification du rockeur. Segré dissèque
la construction de postérité du King, et le
culte que lui vouent, aujourd’hui encore, des millions
de personnes à travers le monde.
Jean-Marc
Grosdemouge
|

Conférence
à
l'occasion de la sortie
de "Elvis est vivant !"
Le
19 décembre s'est tenue à l'Entrepôt
une conférence sur le thème "Elvis Presley,
mythes et réalités" , avec la participation
de Nikola Acin et Gabriel Segré:
Elvis
Presley - Mythes et réalités
Elvis est mort le 16 août 1977. Officiellement. Pourtant, il
est toujours bien vivant dans nos mémoires et présent
de mille façons dans notre quotidien. Comment comprendre cette
réalité ? Qui était Elvis Presley ? Pouvait-on
déjà entrevoir le mythe derrière l'homme ? Comment
le second est-il mort et comment le premier est-il né ? Autant
de questions auxquelles tenteront de répondre Nikola
Acin, journaliste, auteur de "Qui
a tué Elvis ? Mort(s) d'un Roi" et Gabriel
Segré, sociologue, auteur de "Elvis
est vivant ! Résurrection(s) du Roi", qui viennent
de paraître aux cahiers du rock.
Rencontre
animée par Hugues Barrière, éditeur de la collection
"les cahiers du rock"
 L'Entrepôt
7/9 rue francis de Pressensé
75014 PARIS
01.45.40.07.50
www.lentrepot.fr
Début
à 19h30
Entrée libre !!

Inédit
par
Hugues Barrière
"Elvis,
nouvelle divinité
d'une alter-religion ?"
Elvis
is alive ! Elvis est vivant… Cette expression parodique,
humoristique et religieusement connotée, qui renvoie évidemment
à l’expression chrétienne « Jésus
est vivant » et au thème de la résurrection,
est assez courante aux États-Unis. On l’emploie pour
rire dès que l’esprit ou la figure d’Elvis semble
se manifester, au détour d’une conversation ou d’une
circonstance de la vie quotidienne. En France, on dirait «
Elvis, sors de ce corps ! ». Mais les États-Unis conservent
encore aujourd’hui, jusque dans la devise de leur monnaie,
« In God we trust » (En Dieu nous croyons), un lien
fort avec la religion. D’où, probablement, cet emprunt
au culte chrétien. Mais est-ce seulement ça ? N’y
a-t-il pas quelque chose de plus profond derrière cette bouta-de
? L’étude des mythologies et des religions montre qu’au-delà
de toute question de foi en une « présence suprême
», ce sont toujours les hommes qui ont défini leurs
dieux, et non l’inverse, les faisant varier et évoluer
en genre, en nombre et en qualité d’une civilisation
à l’autre, d’un pays à l’autre,
d’une culture à l’autre, d’un millénaire
ou d’un siècle à l’autre. Parfois même
d’un individu à l’autre. Sur cette base, Elvis
ne pourrait-il pas être considéré comme une
sorte de divinité moderne, symbole d’un rock’n’roll
qui, émergeant des années 1950 et d’un conflit
mondial ayant mis à mal bon nombre de croyances, tenterait
d’apporter de nouvelles réponses ? Malgré ce
que cette idée peut avoir a priori de saugrenu, de surprenant,
voire de choquant pour certains, ne pourrait-on voir dans le rock’n’roll
autre chose qu’un simple divertissement, non pas une nouvelle
religion à part entière mais un mouvement se développant
sur certains terrains communs à ceux de la religion, au sens
propre comme au sens figuré, et entrant parfois même
en concurrence avec la religion ? En d’autres termes, une
alter-religion, dont Elvis Presley serait la figure initiale et
fondatrice sur laquelle les hommes auraient plaqué leurs
besoins, leurs rêves, leurs questions, leurs fantasmes et
leurs espoirs, le prophète trans-gressif puis consensuel
auquel des individus (bien ?) intentionnés auraient attribué
la part de mystère nécessaire à l’avènement
de toute nouvelle croyance ?
Le
sociologue Fabien Hein, dans son ouvrage « Rock
& Religion, Dieu(x) et la musique du diable » (paru
en 2006 dans cette même collection des cahiers du rock) dresse
un inventaire vaste et approfondi des rapports entre rock et religion.
Pour lui, sans aucun doute possible, le rock n’est pas une
religion à proprement parler. Parler de « dieux du
rock » ne serait, en quelque sorte, qu’un abus de langage.
Je serais plus nuancé. Certes, dire de butte en blanc que
le rock serait une nouvelle religion à part entière,
qu’Elvis lui-même serait un nouveau dieu, ou un nouveau
prophète de descendance divine, est une thèse risquée.
Mon propos ici n’est pas de heurter les croyances des uns
ou des autres. Mais au moins peut-on déjà s’accorder
sur le fait que le mythe d’Elvis n’est pas exempt d’une
certaine forme de religiosité , comme Gabriel Segré
l’a clairement exprimé dans cet ouvrage, à en
juger par les comportements observés parmi ses fans, dans
le culte qu’ils lui rendent. Un certain nombre d’arguments
et d’observations – historiques, géographiques,
sociologiques, philosophiques, religieuses, musicologiques…
– permettent également de dresser des comparaisons
voire des parallèles troublants entre rock et religion, notamment
au niveau des thématiques, des phénomènes de
déification, du culte, de la liturgie, du vocabulaire…
Certes, comparaison n’est pas raison, mais ces arguments méritent
néanmoins, à mon avis, d’être pris en
considération avant de se forger une opinion sur cette question,
qui est bien plus complexe qu’il n’y paraît à
première vue. Ainsi, avant d’en venir à l’idée
que ce culte voué à Elvis pourrait bien, finalement,
être de nature intrinsèquement religieuse, pas seulement
de la part d’une poignée de fans extrémistes
mais plus globalement, dans son fondement, j’ai accumulé
puis mis en perspective un certain nombre de constats, de réflexions,
d’hypothèses et de rapprochements, mais aussi, pour
être tout à fait objectif, de contradictions, relatifs
à la musique et aux religions en général, au
rock, ou à Elvis Presley en particulier.
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Ce texte sera en ligne dans son intégralité le 27 décembre
2007 -
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